查看: 5874|回复: 13

法语小故事(杂货店)La vie d'un immigrant chinois [复制链接]

Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-11-18 17:31:40 |显示全部楼层
本帖最后由 mathieu 于 2016-12-9 00:08 编辑

      

                                                      LA VIE D'UN IMMIGRANT CHINOIS


  Un vendredi après-midi vers la fin d'automne, la clientèle n'arrivait pas, et dans le ronronnement des compresseurs de réfrigérateur, M. Feng Li demeurait penché sur son livre , les bras tendus, appuyé des deux mains un peu écartées sur le bord du comptoir. Au bruit de la porte entra un homme, qui saluait d'une voix retentissante:
  -Mon bon Chinois, comment ça va?
  Feng savait que c'était M. Jean Tremblay, client qui résidait avenue Bellechasse, à cent pas du magasin. Il leva ses yeux brouillés vers l'entrée de la boutique et répondit:
  -Ca va très bien, merci! Et toi?
  M. Tremblay descendit les quelques marches de fer et tourna à droite, où se tenait dans un coin, contre la balustrade de l'escalier, une façon de table haute, confectionnée de cinq planches de bois contrecollé et au-dessus de laquelle un présentoir multi-compartiments transparent portait toutes les fiches de sélection de Loto Québec, il haussa la voix:
  -Tabarnak, ça va mal! Hier, j'ai perdu 800 piastres au casino!
  Un rayon de soleil oblique entrait par la porte vitrée et allongeait sur le congélateur à crème glacée l'ombre de deux trembles, dépourvu de feuilles, de l'autre côté de la rue. Entre leurs troncs, un commis de chez le fleuriste déposait nonchalamment de longs cartons bruns, destinés à la collecte des matières recyclables prévue pour le lendemain.
  Jean était un entrepreneur autonome en construction, qui travaillait, du début d'avril jusqu'à la fin d'octobre, dans la réparation des murs en briques. Parfois il prolongeait sa période de travail vers la fin de novembre, en fonction du nombre des contrats reçus et si le temps froid tardait à s'installer dans la métropole de la Belle Province. Comme il le disait souvent, il faisait ''de l'argent à flots''.  Pour combler le temps libre, il jouait beaucoup aux paris sportifs dès que la saison du football américain et du hockey avait commencé.
  Il vint vers le comptoir avec plusieurs fiches de sélection remplies, mais avant de les y poser, il s'exclama:
  -Ça sent le riz ici!
  -Tu aimes le riz? demanda le propriétaire avec un brin de surprise.
  -Estie! Je hais l'odeur du riz, je la sens toujours chez ma petite Chinoise.
  Il s'interrompit pendant quelques instants, puis il reprit:
  -Mais maintenant, la Chinoise, c'est terminé!
  Il vivait dans un cottage dépendant de deux étages avec sa conjointe et son plus jeune fils. En même temps il entretenait une relation extraconjugale avec une femme cantonaise. Une fois, après une dispute virulente chez lui, il était même allé se loger dans l'appartement  en quartier chinois qu'il avait loué pour sa maîtresse et y avait séjourné pendant presque un an.
  Il continua:
  -Le mois dernier, elle est retournée en Chine pour une courte visite. Je lui avais acheté les billets d'avion, ça coûtait cher, les billets d'avion! Quand elle est revenue, elle m'a dit que c'est terminé entre nous. Tabarnak!  J'imagine qu'elle a trouvé un autre homme.
  -C'est bien dommage! dit Feng, en se disant que c'était bien mieux ainsi.
  Il n'aimait point que Jean parlât à haute voix, parfois devant d'autres clients, de cette femme, qui lui semblait vivre aux crochets de cet homme-là, et il détestait encore plus qu'à cause d'elle, il perdît une partie considérable de sa vente de loterie.
  -Ciboire de mon cul! C'est bien dommage, s'écria le maçon en lui donnant une fiche. Passe-la quatre fois, s'il te plaît, mais laisse-moi vérifier le billet avant de la repasser.
  Au lieu de miser gros sur un seul billet, il cochait toujours un montant plus petit sur une fiche et demandait de la passer plusieurs fois pour que la gain escompté de chaque billet ne dépassât pas six cents dollars, le montant seuil au-delà duquel une boutique n'était plus autorisée à payer pour un billet gagnant. Selon lui, il se sentait très mal à l'aise d'être contraint d'aller au siège social de Loto Québec, où il serait obligé de souffrir la procédure de vérification ''à la con''.
  Feng lui remit les quatre billets, et en revanche, il lui fila une autre fiche, quand deux jeunes à la peau foncée ouvraient la porte.




  Le plus grand d'entre eux avança d'un pas sur la plateforme intérieure, se pencha légèrement en avant et demanda:


  -Est-ce que t'as des Backwoods?


  -Non, j'en ai pas, Monsieur.


  Le grand murmura quelques mots au petit, qui, tirant d'une main la poignée vers l'arrière, appuyé de l'autre sur le chambranle d'aluminium, allongeait le cou vers l'intérieur du magasin par la porte entrouverte afin de mieux écouter son copain. Ensuite, tous les deux descendirent les marches l'un après l'autre. Tandis que le premier s'orienta à la caisse, le second tournait à droite vers la rangée de réfrigérateurs, remplis de jus et de boissons énergisantes. Feng inclina un peu la tête sur le côté, car son attention se focalisait sur l'accoutrement du petit, qui venait de lui tourner le dos. Celui-là portait, en tête sur les cheveux noirs bouclés, un gros écouteur rose, et, sur son corps, un blouson style perfecto, mais un peu trop ample que ce dernier se balançait autour de lui. Il gardait sa ceinture noire lâche sur sa hanche, laissant tomber, par-derrière, son pantalon au-dessous de ses fesses et voir la couleur écarlate de son caleçon.


  -Ça va bien, Monsieur? entama la conversation le grand , à côté de M. Tremblay, qui s'adressa ensuite à Feng :''Passe d'abord au monsieur.'' en se retirant vers l'autre côté.


  -Oui.. très bien.. Merci.. et vous? balbutia Feng, tenant encore à l’œil le petit, qui faisait glisser la portière d'un réfrigérateur.


  -Les Chinois travaillent tout le temps, hein? continua le grand. Comme ils prennent jamais de vacances.


  -Quoi? marmotta Feng entre ses dents, en réorientant son regard sur sa figure. Qu'est-ce que je peux faire pour vous, Monsieur?


  -C'est quoi, ça? montrait le jeune du doigt une à une les marchandises étalées sur les deux côtés du comptoir et demandait leur prix.


  M. Li s'impatientait de plus en plus, quand soudain, il aperçut le petit rouvrir déjà la porte et s'apprêter à partir.


  -Il est ton ami, celui-là? demanda-t-il en indiquant le petit d'un signe de tête.


  -Non, je le connais pas, répondit le grand, au revoir, Monsieur.


  Il quitta à son tour le commerce en laissant le marchand tout pantois derrière sa caisse enregistreuse. Quant à M. Tremblay, en regardant d'un œil dédaigneux la silhouette du jeune en dehors de la porte, il lança:


  -Mangeux de marde, je déteste ces gens-là. L'autre a sûrement pris quelque chose, tu peux checker ta vidéo de surveillance après. Où est ma fiche donc?


  Feng la retrouva sur le clavier de l'ordinateur, et il pensait encore à ces deux jeunes.


  -Ho, ho, t'en es où là? continua le maçon. Passe-la dix fois, s'il te plaît.


  Feng introduisit la fiche dans le terminal de loterie, puis il lui étendit le billet sur la vitre du présentoir à billets à gratter ancré au milieu du comptoir, pour qu'il le vérifie. Pendant qu'il l'examinait , il arriva plusieurs clients, qui se mirent en ligne derrière lui. Il tourna la tête vers l'arrière, puis s'écarta de la file en disant :'' Passe à la madame d'abord.''

2

Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-11-20 12:30:23 |显示全部楼层
本帖最后由 mathieu 于 2016-11-21 22:42 编辑

C'était une femme portant un voile beige parsemé de petites fleurs rouges et bleues. Elle demanda un paquet de cigarettes Québec Souverain. En le lui tendant, il songeait ce qu'il fît si une musulmane en niqab ou en burqa venait dans son commerce. Les deux clients suivants voulaient acheter des cartes d'appel et des barres de chocolat. Puis la dernière dans la queue se mouvait en avant et dit,  -Un paquet de cigarettes Québec Libre rouge 25 king size, s'il vous plaît.
  Feng reconnut à son accent qu'elle était originaire du Maghreb. Elle était de taille moyenne et bien en chair. Son manteau serré marquait nettement le contour arrondi du haut de son buste et ses cheveux frisés soigneusement peignés s'amenaient vers l'arrière de son crâne, au-dessus de ses grosses oreilles légèrement écartées aux lobes saillants. En-dessous de son front entièrement découvert, les deux sourcils bien fournis approchaient, en s'élargissant, d'un nez large et charnu. En bas de son visage bouffi et massif, la courbe de son menton allaient se confondre dans la pâleur de ses deux joues dodues. Elle lui paraissait âgée d'aux alentours de 30 ans. Elle lui donna son billet de 20 dollars, il lui rendit la monnaie, elle prit les cigarettes et repartit.
  -Les cigarettiers inventent toujours de nouveaux trucs, hein? se retrouva  M. Tremblay vis-à-vis de Feng.
  -Oui, ce sont de nouvelles marques pour complaire aux clients québécois, répondit le détaillant.
  -Ils sont tous des crosseurs. Le billet est bon, repasse la fiche dix fois, au total, s'il te plaît.
  Feng traita sa commande, puis lui remit tous les billets.
  -Ça fait combien en tout? demanda le maçon.
  -Neuf cents.
  Le maçon sortit de sa poche une liasse de billets attachés d'un élastique et la jeta sur le comptoir,
  -Compte-les après, s'il y a un problème, tu me le dis, je suis à la maison.



3

Rank: 4

获赞:81

发表于 2016-11-20 14:07:03 |显示全部楼层
mathieu 发表于 2016-11-20 12:30
C'était une femme portant un voile beige parsemé de petites fleurs rouges et bleues. Elle demanda  ...

Bravo!!! Continuez!

Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-11-21 22:43:27 |显示全部楼层
万能胶 发表于 2016-11-20 14:07
Bravo!!! Continuez!

Merci!

Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-11-21 22:43:48 |显示全部楼层
本帖最后由 mathieu 于 2016-11-22 23:43 编辑
mathieu 发表于 2016-11-21 22:43
Merci!
Il quitta la boutique. À l'extérieur, il échangea quelques mots avec son voisin d'origine haïtienne, M. Claude Noël, qui se dirigea ensuite avec son sac réutilisable vers le magasin Métro.
  Feng ramassa l'argent, le glissa sous le comptoir. Aussitôt qu'il commerça à compter, Léo, camelot de Publisac, ouvra grande la porte avec beaucoup d'entrain et entra en parlant à haute voix avec sa conjointe, Julie. Il laissa à terre, au pied du comptoir, les objets encombrants qu'il avait achetés à Dollar-Marché, et alla chercher deux petites bières bon marché pour lui-même et deux boissons alcoolisées pour Julie, appuyée du dos contre le bord du congélateur. Il vint en valsant au comptoir, deux canettes à une main et deux bouteilles en verre à l'autre, déclarer d'un ton solennel,
  -Premièrement, après vingt ans de vie commune, elle est devenue ma femme. - Ils s'échangèrent un sourire.
  -Félicitations. Tous mes vœux de bonheur, Monsieur-Dame. Vous deux faites un couple très heureux!
  -Hier, je lui ai acheté une bague dans la bijouterie au centre d'achat, dit-il.- Sa femme se redressa et la montrait fièrement à Feng en tendant sa main.
  Il continua,
  -Deuxièmement, t'as la bière la plus fraîche de toute la ville, mon ami, je t'en félicite.
  -Merci! Je le savais.
  -Au dépanneur près de chez moi, la bière dans la chambre froide est toujours chaude, s'indigna Léo.
  -Chaude?
  -Pas assez froide, en fait. Je parle plusieurs fois avec le propriétaire hindou, mais il s'en fout, il veut ''sauver'' son argent. Mon ami, je vais venir ici plus souvent. En plus, il est pas aussi gentil que toi.
  Léo paya les deux canettes, sa femme les deux boissons alcoolisées!
  Après les avoir servis avec encore plus de gentillesse et leur avoir débité quantité de compliments, Feng sortit promptement de derrière le comptoir, alla lire la température indiquée sur le thermomètre derrière la première porte vitrée de sa chambre froide. Surprise! Le mercure indiquait déjà -8 degrés, bien en-dessous du créneau de température optimal, fixé entre 0 et 4 degrés, mais le compresseur continuait son ronronnement éternel, devenu de plus en plus aigu et inquiétant! Le contact du thermostat à l'intérieur de l'espace réfrigéré serait encore gelé comme l'autre fois. Il coupa le courant du système frigorifique, entra dans la chambre froide avec un petit marteau à tête en caoutchouc , en frappa de petits coups sur le couvercle métallique du thermostat, tourna doucement le bouton de réglage vers le maximum jusqu'à entendre un ''clic'', puis le remit à la position initiale. À travers les vitres, il vit s'approcher du comptoir Julien, client qui habitait le gros bâtiment d'habitation en face de la boutique, il sortit immédiatement et revint derrière la caisse.  Après le départ de Julien, il rebrancha le système de réfrigération.
  Il se rassit, poussa un gros soupir de soulagement, ferma les yeux en se renversant sur le dossier de son fauteuil.

Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-11-23 18:05:10 |显示全部楼层
Au crépuscule, quand sa femme, Yun Fu, vint le relayer, Feng, les deux yeux fixés sur l'écran, tentait de retrouver la séquence de vidéo du petit jeune à partir du moment où il avait ouvert la portière du réfrigérateur. Son vieux système de surveillance fonctionnait avec des cassettes et, moyennant les matériels audiovisuels stockés au magasin, ne pouvait conserver l'enregistrement pour deux jours. Alors il fallait faire vite s'il voulait vraiment visionner ce qui s'était passé.
  Madame Fu portait un manteau d'hiver blanc et un foulard tricoté bleu pâle, auquel étaient suspendus quelques flocons de neige, et elle tenait un sac plastique à la main gauche. Une fois sur la plateforme derrière la porte, elle s'inclina à l'avant, ramassa une boulette de papier par terre et la balança dans une corbeille, puis elle posa le sac sur le comptoir, et, tout en marchant, dit à son mari,
  -Il a commercé à neiger quand j'étais à la maison. Je cherchais partout tes bottes, finalement je les ai trouvées dans le garage.
  -Il va falloir peut-être que tu fasses un peu de ménage et mettes les choses en ordre.
  -Je suis toujours occupée, j'ai pas le temps. Par ailleurs, pourquoi tu le fais pas? haussa-t-elle le ton.
  À côté de la caisse, sous le comptoir, elle aperçu la liasse de billets que Feng avait laissée lorsque le camelot entrait. Elle ôta l'élastique et se prit à compter. Soudainement, elle s'écria,
  -Y a un faux billet de cent dollars!
  -Passe-le-moi! détourna Feng sur-le-champ son regard de l'écran.
  Contre la lumière blanche  du tube fluorescent, il tournait, à gauche puis à droite, la bande métallique du billet, cependant les chiffres et les feuilles d’érable n'y changeaient pas de couleur. Puis il approcha le billet du néon, et il n'y voyait pas apparaître  l'image fantôme. Ensuite il toucha les mots et le gros chiffe, mais il ne sentait pas  vraiment l'encre en relief. c'était indubitablement un billet contrefait, et de mauvaise qualité.
  Il fallait expliquer, sans tarder,  au maçon toutes ces caractéristiques d'un billet authentique, qui manquaient malheureusement dans le sien. Feng décida d'aller à sa maison.
  -Mets tes bottes, dit Madame Fu.
  -Pas besoin, fait pas froid.
  Quand Feng ouvrit la porte, un coup de vent fort apportait vers l'intérieur nombre de flocons de neige. Il en reçut plusieurs contre sa figure, même quelques-uns se faufilaient dans l'ouverture entourée de  son col, et fondaient sur sa nuque. Un frisson le saisit soudain et il rabattit son capuchon, serra son manteau des deux bras, s'enfonça dans cette tempête de neige en train de s'intensifier.
  Dans la pénombre du crépuscule, à travers des milliers de flocons voltigeant au gré du vent scintillaient  vaguement de l'autre côté de la rue, suspendus entre les balcons des deux étages voisins plus proches du sol, des colliers de boules lumineuses multicolores qui zigzaguaient devant la façade du gros bâtiment d'habitation. Au loin, les lampadaires commerçaient à s'allumer.
 

2

Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-11-28 14:45:05 |显示全部楼层
本帖最后由 mathieu 于 2016-11-30 01:05 编辑

  Un tronçon du trottoir devant la maison du maçon était en reconstruction, et un trou béant y était encerclé de cônes orange et de barrières en bois aux pieds de métal amovibles, à l'une desquelles s'accrochait un phare, qui illuminait tout alentour. Dans cette puissante lumière blanche, Feng voyait bien la devanture de ce cottage, et son regard se captait par, entre le linteau et la corniche, un ornement en relief de forme demi-circulaire avec autour des rayons divergents. Entre le pignon et la clôture stationnait sur une large allée asphaltée, menant à la cour arrière,  une camionnette, à l'une des ridelles de laquelle s'attachait une échelle en aluminium et qui portait quelques longues planches de bois épaisses à l'intérieur.
  Feng monta le perron et se tint immobile quelques instants sous le porche, puis appuya sur le bouton de la sonnette. La conjointe du maçon ouvrit la porte, Feng la salua,
  - Bonsoir, Madame! Est-ce que Monsieur est là?
  - Bonsoir! Oui, juste un instant, je vais le chercher.
  Elle referma la porte, et plusieurs minutes plus tard, Jean apparut en peignoir. Sans le chapeau de cow-boy qu'il portait tout le temps, ses longs cheveux sel et poivre formant en arrière du crâne une queue de cheval semblaient fort bizarres aux yeux du détaillant. Le maçon commerça,
  - Mon Chinois, ça va? Tantôt je prenait un bain chaud. Qu'est-ce qu'il y a?
  - Monsieur, il y a un faux billet de cent dans l'argent que tu m'a payé.
  - Calice de tabarnak!  c'est pas possible, j'ai tout checké.
  - Je peux te montrer les problèmes de ce billet si tu viens avec moi.
  Jean monta à l'étage et se changea vite lorsque Feng l'attendait dans le salon, ensuite partit avec lui. Dehors, la neige tombait dru!
  Sur le chemin, le maçon révéla involontairement: ''Il arrive que des clients payent en cash, c'est possible..., mais cette fois-ci, j'ai tout checké, aucun problème.'' Une fois les deux arrivés au commerce, Madame Fu sortit le billet en question, Feng le pris et en expliqua à Jean les trois aspects défaillants, qui le rendaient très suspect. Le maçon agrippa le billet dans la main de Feng, le tourna et retourna, puis demanda tout à coup,
  -Depuis combien de temps t'es ici?
  -Environ quatre ans.
  -Moi, je suis ici toute ma vie. Je connais mieux les billets de banque que toi. Moi, je te dis,c'est un vrai!
  Convaincu de la fausseté du billet, M. Li cherchait un moyen de l'en persuader. Soudainement, il se rappela les employés de Chèques Encaissés, juste à côté de sa boutique, une entreprise d'encaissement de chèques spécialisée. Il les connaissait bien parce qu'ils venaient souvent à son commerce chercher du jus, des boissons gazeuses ou des cigarettes. Il proposa,
  -Peut-être on peut aller à Chèques Encaissés. Là-bas, y a des professionnels.
  -Okey. Si tu veux!

Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-11-30 01:23:08 |显示全部楼层
本帖最后由 mathieu 于 2016-12-9 00:16 编辑


  Comme tous les vendredis soir, la salle d'attente de cet établissement était bondée de clients, qui s'alignaient et attendaient impatiemment devant trois de ses quatre guichets. Au travers de la cloison à claire voie, la gérante, assise derrière son bureau, vit s'avancer  M. Li  entre les lignes, lui indiqua de sa main le quatrième guichet, alors fermé. Elle s'en approcha et ouvrit le volet. Par précaution, Feng décida de se présenter d'abord:


  - Bonsoir, Madame, je suis...


  - Bonsoir, Monsieur! Vous êtes le propriétaire de la boutique d'à côté, dit-elle avec un sourire.


  - Madame, dit-il aussi en souriant, je trouve ce billet bizarre, pouvez-vous vérifier s'il est vrai ou non?


  - Bien sûr.


  Feng lui passa le billet par la petite ouverture. Elle toucha la surface de ses doigts, le tint contre la lumière du néon dans le plafond, puis retourna à son bureau et l'examina sous une source de rayons ultraviolets, ensuite revint derrière le guichet avec le billet et un carnet. La gérante affirma:


  - C'est un faux billet.


  Feng se tourna et s'adressa au maçon:


  - Tu vois, c'est un faux.


  - Je crois pas. Elle peut faire une erreur! Rends-le-moi, demain je vais aller à la banque.


  Feng se retourna, et dit: ''Merci pour votre aide, Madame!'' Il tendit la main pour reprendre le billet.


  - Non, Monsieur. Je peux pas vous le remettre. Selon le règlement, je dois le confisquer et l'envoyer à la police.


  - Mais, Madame.., hésita Feng, très surpris.


  Puis il continua:


  -Je suis venu ici seulement pour vous demander de le vérifier, pas pour vous frauder!


  - La règle est très claire, un faux billet qui est entré ici ne peut plus en ressortir. Attendez, je vais vous donner un reçu.


  Elle commença à écrire sur une feuille dans le carnet. Feng ne savait plus que dire, ni que faire, alors que M. Tremblay s'empourprait, s'exaltait de colère, gesticulait en s'écriant:


  - Tabarnak! C'est ta faute. Tu m'a fait fourrer cent piastres.


  Puis il sortit de sa poche un billet de cent dollars, le lança par terre et dit:


  - Prends ça. Je reviens plus jamais dans ton magasin. Tu vois, tu perds un gros client et tu vas faire faillite!


  Il partit en trombe. Feng ramassa l'argent, prit le reçu de la main de la gérante et retourna dans sa boutique. Il raconta tout à sa femme, elle s'efforça de le réconforter:


  - Il est en colère maintenant, après il va se calmer et il va revenir.


  Feng restait assis, dégoûté, sans plus envie de parler. Quelques minutes plus tard, il se souvint de leurs deux enfants, tout seuls à la maison. Il se leva et s'en alla chez lui.
  


Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-12-2 10:34:06 |显示全部楼层
本帖最后由 mathieu 于 2016-12-9 00:14 编辑



  Dans la rue où se situait sa maison, les piétons se faisaient rares en ce moment. Le vent s'était déjà arrêté, laissant tomber continuellement et doucement la neige à gros flocons sur la rue, les trottoirs, les gazons, les voitures garées et les toits fort inclinés. Un chat solitaire sortait subitement d'une haie bien taillée sous le lampadaire juste devant lui, s'immobilisait dans l'ombre à côté de la barrière d'une cour, se détournait la tête et fixait ses brillants yeux verdâtres sur le seul passant, puis glissait par une ouverture et disparaissait derrière la clôture. Feng marchait lourdement dans ses brodequins hiver et s'arrêtait à réfléchir de temps à autre, la tête basse et le dos légèrement courbé, en laissant derrière lui une kyrielle de traces de pas noires imprimées sur la mince couche blanche s'accumulant sur le sol. Les scènes s'étant déroulées en cette après-midi lui revenaient une à une à l'esprit, et il s'en rappelait chaque conversation, chaque détail, tâchant de comprendre pourquoi on avait abouti à un dénouement aussi affreux, voire désastreux,  puisque M. Tremblay contribuait à lui seul, par sa mise aux paris sportifs, pour un quart de sa vente totale de la loterie. Tout en frappant de son pied du gravier noir, épandu sur les surfaces cimentées par la ville afin de les rendre moins glissantes après le commencement d'une précipitation solide, il répétait:


  -Pourquoi? Pourquoi?...


  Il se demandait quelle aurait été l'issue de cet incident s'il n'eût pas décidé d'aller lui parler à son domicile, ou que M. Tremblay eût accepté de remplacer le billet suspect, ou que la gérante le lui eût rendu après la vérification. Le maçon viendrait encore plusieurs fois par jour à sa boutique, et la crainte de perdre ce client important le pousserait peut-être jusqu'à une cordialité obséquieuse. Mais... est-ce que cette vie, dans laquelle il composait quotidiennement au travail avec des clients exigeants, ou revêches, ou acariâtres, ou radins, ou prétentieux (bien entendu, en même temps, il s'entendait fort bien avec beaucoup de clients charmants et compréhensifs.), des voleurs, des fraudeurs, était celle qu'il avait rêvée il y avait déjà des années quand il s'occupait des affaires administratives dans une compagnie en Chine? Non, non, pas du tout! Il avait songé à vivre dans un pays démocratique, où les fonctionnaires, immunisés contre la corruption grâce au système d'administration mieux partagé entre les pouvoirs et les obligations, serviraient les citoyens avec plus de sincérité et d'impartialité, et où on côtoierait la plupart du temps les gens cultivés, civilisés et sympathiques. Il aurait voulu, après son travail, promener, avec sa famille, son chien au bord d'un lac ceinturé d'un muret de roseaux, dont les feuilles chuchotaient délicatement dans la brise, s'asseoir sur une passerelle de bois  en contemplant le majestueux coucher du soleil à l'horizon, ou admirer le paysage à couper le souffle au sommet d'une montagne verdoyante, et , pendant les vacances, emmener les siens voyager à Paris, à Londres, ou à Sidney... Sa rêvasserie s'interrompit devant sa maison et il monta les marches

Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-12-4 22:03:53 |显示全部楼层
本帖最后由 mathieu 于 2016-12-9 00:13 编辑

   Lorsqu'il entra à l'intérieur de la maison, il voyait autour de ses pieds, dispersés sur les carreaux de céramique, des souliers, des bottes et des pantoufles, accompagnés de deux sacs à dos scolaires. Il jeta un coup d'œil dans le salon, où étaient disséminés sur le parquet des jouets de son fils de six ans, Paul. Quant à lui,  la main sous la joue et l'avant-bras étant dressé, couché sur le côté dans le canapé, dont la housse un peu trop large était tirée par son dos vers le plancher, il regardait attentivement des dessins animés à la télé. Quand Feng ôtait ses bottes, Paul l'aperçut, puis il se redressa, alla prendre son sac à dos, en sortit son agenda, en retira une feuille de papier, puis se précipita au-devant de Feng, et dit:  - Papa, Papa, M. Duval a une lettre très très importante pour toi!
  -Sur quoi?
  -Je sais pas.
  C'était un avis de prise de rendez-vous, pendant les rencontres de parents prévues pour jeudi prochain, avec M. Duval, son enseignant de première année. Il fallait que Feng cochât une plage de temps qui lui conviendrait le mieux  et retournât le coupon de réponse avant mardi prochain. Feng soupira:
  - Ah... Je pensais que M. Duval m'envoie une lettre d'avertissement parce que tu parles souvent dans la classe en même temps qu'il parle. Mais non.
  -C'est quoi alors?
  -C'est pour les rencontres de parents.
  Paul connaissait bien ce genre de réunions, car il y avait participé avec M. Li à la pré-maternelle et à la maternelle. Et il les trouvait ''plates''. Feng continua:
  -Je vais la relire demain, maintenant je suis très fatigué. Toi aussi, t'as trop écouté la télé, maintenant tu la fermes et tu joues avec tes légos et ...
  Il entendit descendre l'escalier sa fille, Catherine, élève en première secondaire au collège Saint-Joseph, une des meilleures écoles du Québec. Elle lui tendit une feuille et dit:
  -Papa, l'enseignante de cours d'histoire demande aux parents de signer une déclaration assermentée pour l'autoriser à emmener leur enfant en voyage à l'étranger.
  -Déjà, voyager en première année?
  -Tous les autres vont y aller, Papa, je veux aussi.
  Catherine avait été très contente de réussir l'examen d'admission de cette école privée prestigieuse il y avait un an à peu près, et c'était tout un exploit pour une enfant immigrante dont la langue maternelle n'était pas le français, et aussi comme une récompense qu'elle méritait pour toutes les préparations assidues en vacances d'été avant la 6e année. Depuis la rentrée scolaire en fin d'août, elle arborait fièrement son costume scolaire avec le logo de l'école partout où elle allait. Feng en était très fier lui aussi, car il considérait cette admission comme la deuxième réussite importante dans la nouvelle vie de sa petite famille depuis son atterrissage au Québec. Pourtant après avoir acquitté les droits de scolarité un mois auparavant, Feng se sentit incommodé par ces frais de voyages, planifiés pour deux fois par année. Il prit la feuille et dit:
  -Je vais le faire demain. Et... est-ce qu'il y a des rencontres de parents dans ton école?
  -Oui, jeudi, vendredi au soir, la semaine prochaine. Mais tout va très bien à l'école, t'as pas besoin d'y aller.
  Catherine avait une performance scolaire brillante depuis la première année du primaire, mais elle n'aimait pas, à partir de la 4e, que Feng s'entretînt avec ses enseignants, de crainte qu'il tînt des propos désobligeants vis-à-vis d'eux durant la rencontre. En fait, Feng pensait que beaucoup d'enseignants du primaire n'accomplissaient pas leur travail comme il fallait.
  -OK, on verra.
  Il se dirigea vers la cuisine. Quand il vit que les éviers étaient pleins de plats, de bols, de verres à eau, de fourchettes, de couteaux, de cuillers, de baguettes de bambou, et que des mies de pain se trouvaient sur la table avec des assiettes à moitié terminées, et aussi sur le plancher, une répugnance soudaine lui coupa l'appétit. Il s'adressa à Paul:
  -Je suis très fatigué, je vais dormir pour une heure. Et tu joues avec tes jouets, tu peux pas toujours regarder la télé. C'est pas bon pour tes yeux.
  -OK.
  Il régla le réveil électronique, entra dans sa chambre, ne pensait plus à rien et s'endormit.
  Une heure plus tard, il fut réveillé par la sonnerie. Il dégagea une partie de la table, dîna tant bien que mal en avalant vite quelque chose, accompagné de quelque soupe aux légumes,  puis il appela son fils:
  -Paul, apporte ton sac à dos dans ta chambre. On va vérifier ensemble les leçons et le devoir inscrits dans ton agenda.
  -J'arrive, Papa.
  Il n'y avait pas grand-chose pour la semaine suivante, seulement quelques exercices phonétiques. Feng prononçait à haute voix avec Paul:'' ba bi bou bé bo, ta ti tou té to...'' Entre-temps, Catherine vint les interrompre avec une question mathématique sur le changement de signes qu'elle avait rencontrée dans son devoir, et il lui expliqua que lors de la suppression d'une parenthèse précédée d'un signe négatif, il fallait changer de signe tous les termes ayant été à l'intérieur.
  -Ton enseignant de maths n'a pas expliqué ça en classe?
  -Si, mais...
  Elle était un peu embarrassée. C'était pourquoi Catherine ne voulait pas qu'il aille aux rencontres de parents: il pourrait poser ce genre de questions qui contrarieraient les enseignants, symbole d'autorité péremptoire aux yeux de Catherine. Feng avait déjà pris conscience de l'effet nocif de critiquer sa méthode d'apprentissage et les approches pédagogiques de ses enseignants, mais au moment de régler un problème, certains commentaires désagréables lui échappaient, parce qu'il voulait tout bonnement qu'elle fût parfaite dans ses études. Il était comme un perfectionniste dans certains aspects de la vie.

Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-12-4 22:14:43 |显示全部楼层
本帖最后由 mathieu 于 2016-12-9 00:12 编辑

有始有终。 不管有没有人看,我也要把结尾写完。

  À huit heures et demie environ, il quitta les enfants pour aller suppléer sa femme dans la boutique. Dehors, la température avait sensiblement baissé, et le vent tempétueux s'était à nouveau soulevé, lequel, entraînant avec lui des flocons de neige durcie, cinglait son visage si fort qu'il posait son bras à l'horizontale devant son nez. À l'intersection des rues, il se leva les yeux pour vérifier l'état des feux de circulation situés au même coin que lui-même, il remarquait que des centaines de flocons teints en vert fluo grouillaient dans le faisceau lumineux conique lancé par le dispositif de signalisation. Il traversa la rue et rentra dans la boutique.   Madame Fu s'assoyait devant l'écran de l'ordinateur et regardait paisiblement un film coréen. Feng se retint d'émettre ses observations déplaisantes sur la propreté à la maison pour ne pas déclencher un nouveau conflit verbal. Après le départ de sa femme, il trouva un lien sur Internet pour regarder le débat télévisé entre les chefs des trois principaux partis politiques du Québec: M. Jean Charest, Mme. Pauline Marois et M. Mario Dumont.
  Un jeune maghrébin ouvrit abruptement la porte, dévala le petit escalier et couru jusqu'au comptoir, et il demanda avec empressement:
  -Un paquet de cigarettes Québec Indépendant rouge 20 king size, Monsieur.
  -Une pièce d'identité, S.V.P., dit Feng.
  -Yo, man, arrête, tu me reconnais pas? Hier, je suis venu avec mon père, et il a acheté un paquet pour moi.
  Le commerçant le dévisageait et le comportement de ce dernier lui revint en mémoire. Lorsque l'adulte qui l'accompagnait avait demandé du tabac, il se glissait derrière, et se tenait, le dos un peu courbé, devant les gommes à mâcher et les barres de chocolat. Feng s'était penché sur le côté pour le surveiller, et le jeune avait dit:
  -Yo, pourquoi tu me regardes comme ça? je suis pas voleur.
  -Je sais pas qui est quoi, Monsieur, répliqua Feng. Mais un propriétaire qui surveille pas son commerce va tout perdre.
  Puis il leur avait parlé de groupes d'adolescents qui entrent souvent ensemble et commettent du vol à l'étalage.
  -Un enfant prend quelque chose, c'est pas grave. T'a pas appelé la police, au moins? enquit l'adulte avec un regard hardi.
  -On croit ici qui vole un œuf vole un bœuf, Monsieur! répond Feng.
  Pourtant l'adulte n'avait jamais filé le paquet au jeune dans le commerce. Feng pensa qu'en mentionnant ''son père'', ce jeune bluffait pour se procurer du tabac sans montrer sa carte.
  -Monsieur, je vous reconnais. Mais je peux pas vous vendre des cigarettes sans examiner une pièce d'identité à vous, affirma Feng.
  Le jeune devint furieux en lançant: '' Fuck you, Chinois'', et avant de déguerpir, il donna un coup de pied à la porte. Feng sortit vite de derrière le comptoir, fonça jusqu'à l'extérieur du commerce, mais le jeune était déjà très loin.

  M. Luc, le propriétaire du magasin spécialisé dans la vente et la réparation d'articles de cuisine, entra dans la boutique en emboîtant le pas à Feng. Victime du vol à étalage à répétition dans ce quartier fondamentalement transformé depuis vingt dernières années, il demanda avec beaucoup de curiosité et d'empathie:
  -Est-ce que le jeune a volé beaucoup de choses?
  -Non. Mais il m'a dit des gros mots après que je lui avais demandé une pièce d'identité pour la vente des cigarettes.
  -Les jeunes d'aujourd'hui sont comme ça, on y peut rien faire, affirma Luc.
  Puis en montrant du doigt les trois chefs à l'écran de l'ordinateur, qui se querellaient chaudement, il ajouta:
  -Avec eux, le même genre de problèmes restera. Au nom de la protection de la jeunesse, on est allé trop loin jusqu'à la tolérance de la délinquance juvénile! Dans les écoles secondaires, certains élèves insultent même leur enseignant en classe.
  Il alla chercher une bouteille de rosé et retourna au comptoir. Chose étrange, ses mains tremblaient quand il comptait son argent.
  Dans cette soirée de tempête, il ne venait pas grand monde à la boutique, alors tranquillement, Feng regardait le débat des chefs sur Internet. Vers 10 heures et demie, entra furtivement un homme (pure conjecture d'après son allure) de taille moyenne, bien enveloppé dans son manteau, sa casquette enfoncée sur les yeux, le capuchon rabattu sur la tête et la moitié basse du visage couverte d'un cache-cou. Puis il alla directement dans la chambre froide. Après en être sorti avec une caisse de bière à 18 bouteilles, au lieu de tourner à droite afin de la payer au comptoir, il vira à gauche, monta les quatre marches, poussa la porte et courut. Il faillit tomber en glissant sur le seuil d'aluminium! Feng sentit le sang lui monter à la tête, il empoigna la batte de baseball toujours rangée sous le comptoir, sauta par-dessus du comptoir à l'aide de son fauteuil, s'élança vers l'extérieur; à ce moment-là, le voleur approchait déjà du trottoir de l'autre côté de la rue. Feng fit deux pas à l'avant en agitant son bâton, puis il s'arrêta, s'en retourna vite à la porte. Après l'avoir fermée à clef, il ne put plus repérer le voleur. Il traversa la rue en courant à grands pas et quand il arriva dans la rue Bellechasse, à côté du Café Delmare, il entendit les tintements des bouteilles en verre, très clairs dans le silence de la nuit, provenant de la ruelle derrière le Café. Il s'empressa de pénétrer en ce passage étroit, et dans la pâle lueur reflétée par la couche de neige sur le sol, il distingua le dos du voleur qui se dandinait avec son butin.
  -Arrête! cria Feng en brandissant son bâton.
  Le voleur se tourna la tête, prit peur, laissant tomber la caisse à terre et détala à toutes jambes. Feng, haletant, étreignit la batte sous le bras, ramassa la bière et retourna lentement à sa boutique.
  -Quelle journée! s'exclama-t-il en s'affaissant dans le fauteuil.  
  
  Vers 11 heures, il ferma la boutique de l'intérieur. Après toutes ces longues heures de travail mouvementé et la poursuite effrénée, il avait très envie de se rendre chez lui. Puis, il procéda à la fermeture du point de vente, en même temps il faisait un petit ménage autour du comptoir, comptait sa recette et la plaçait dans son sac à bandoulière en canevas. Environ vingt minutes plus tard, il porta son sac sur l'épaule, arma le système d'alarme, sortit du magasin, cadenassa le grillage de sécurité rétractable et verrouilla la porte. À dix mètres plus loin, à sa droite, dans l'abri d'autobus attendaient trois jeunes hommes à la peau foncée, dont l'un portait un bandeau rouge sur le front. Feng ne voulut pas passer devant eux, alors il traversa directement la rue, puis sur le trottoir, il s'arrêta un instant pour regarder alentour, après s'achemina vers sa maison.
   La chaussée fendillée, à cause du mauvais entretien, devint plus sèche à présent, qui exposait impassiblement ses multiples fissures et crevasses, voire par endroits, vers ses deux bords, des nids de poule et bosses; et les coups de vent intermittents poussaient des lignes de neige ondulées mais irrégulières, l'une après l'autre, à défiler sur la voie de circulation asphaltée , lesquelles disparaissaient enfin en se heurtant contre le trottoir. Parfois sur le revêtement noir de la rue serpentait une trainée de poudrerie blanche, dont l'une des extrémités se soulevait par un contre-courant, se répandait quelque peu comme un éventail à moitié déployé et puis s'éparpillait en l'air. Au loin, dans l'immense stationnement du centre d'achat et sous un lampadaire, une bourrasque violente emportait avec elle, comme un essaim d'abeilles, quantité de flocons de neige, en faisant un demi-cercle dans l'air, vers le haut, vers le haut...
  Soudainement, Feng sentit un coup rude porté à l'arrière de son crâne, il se tourna la tête, vit les trois jeunes hommes en train de retraverser la rue avec son sac, il s'effondra et perdit conscience. Il n'avait que cent pas à faire pour regagner son foyer!


                                                               ------Fin------
                                            

1

Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-12-6 08:36:13 |显示全部楼层
第一次写这么长的故事, 错误在所难免,欢迎提出问题或修改建议!

Rank: 8Rank: 8

获赞:4042

发表于 2016-12-6 09:04:14 |显示全部楼层
羡慕楼主,俺很认真的看了最后一篇,迷迷糊糊看懂一半。

Rank: 7Rank: 7Rank: 7

获赞:1157

发表于 2016-12-6 09:32:49 |显示全部楼层
您需要登录后才可以回帖 登录 | 立即注册


Archiver|第八联盟

本网站系统基于Discuz! X2 进行优化开发

Discuz! x2 © 2001-2011 Comsenz Inc.

本网站采用美国和加拿大东部时间(GMT-5)

Processed in 0.068510 second(s), 9 queries .

免责申明: 本站内所有帖子均由网友自行张贴,文责自负,不代表本网的观点和立场,版主及管理人员和本网站对其内容不负任何法律责任。 原作者或其版权拥有人拥有相关内容的版权/著作权。 如果作者来函不同意将其作品张贴在本网站,我们会尊重作者的意愿取下其作品。 版主及管理人员和本网站保留删除有损本站健康的帖子或其它任何内容的权力。


联系管理员:请发站内短信

回顶部