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La vie d'un immigrant II [复制链接]

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发表于 2016-12-16 15:51:36 |显示全部楼层
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发表于 2016-12-30 21:54:22 |显示全部楼层
本帖最后由 mathieu 于 2017-5-17 16:18 编辑

  Dans la cabanette donnant accès à l'entrée arrière de sa boutique se campait une grosse boîte de bois jaune très solide, dans laquelle le livreur du Messager déposait des journaux au petit matin. Il déverrouilla le cadenas, sortit les journaux et alla au trot vers le bar du coin Rosemont et Bellechasse. Depuis longtemps, il voulait discontinuer la vente des journaux, dont le profit ne suffisait même pas à compenser les frais d'expédition hebdomadaires chargés par la compagnie de livraison. Mais au début de sa ''carrière'' de petit commerçant, il avait conclu avec Antonio, le patron du bar, une entente orale: chaque matin il y apporterait deux journaux. Antonio était lui-même l'un de ses meilleurs clients de loterie, et sa taverne très achalandée durant la fin de semaine attirait une clientèle qui faisait monter aussi le chiffre d'affaires de sa boutique. Alors Feng n'osait prendre l'initiative de résilier cette entente au risque de déplaire au cabaretier italien, d'autant plus que son fils, Paul, était très content de recevoir trois dollars en surplus de la main de la serveuse quand il allait au bar le mercredi chercher le paiement des journaux livrés pendant la semaine précédente.
  Feng passa devant la quincaillerie de M. Luc, alors fermée, puis vit que Julien, pensionnaire du bloc d'habitation d'en face, ramassait indolemment les mégots de cigarette qui, malgré la pluie, jonchaient encore le sol aux alentours du bar. Ce quinquagénaire vivait de l'aide sociale depuis de nombreuses années; quand il recevait les chèques du gouvernement vers la fin du mois, il payait d'abord son loyer à Stéphanie, la concierge, puis jouait, dans le bar, aux machines à sous, lesquelles engloutissaient en l'espace de quelques heures une partie considérable du reste de son argent. Alors il avait toujours besoin d'un revenu d'appoint afin de pouvoir vivre au jour le jour durant le mois suivant. Puisqu'il avait plein de temps libre, il venait à la boutique trois ou quatre fois par jour, et chaque fois il y demandait un résultat de Banco et l'examinait longuement sur la table à loterie. Consommateur occasionnel d'alcool et de drogue, il s'avérait un fumeur invétéré; mais depuis belle lurette, il n'achetait plus de tabac dans aucun magasin. Et il ne se renseignait en de rares occasions auprès de Feng sur le prix d'un paquet de cigarettes que pour pousser une exclamation sur son exorbitance, et l'avarice des compagnies de tabac et du gouvernement, et ainsi justifier son achat et sa consommation du tabac amérindien en disant:'' À ce prix -là, je peux en acheter un carton complet!'' Feng le salua et lui remit deux journaux devant le mur à vitres teintées, puis revint ouvrir sa boutique.

  Une fois à l'intérieur, il procéda à des tâches routinières, à savoir: désarmer le système d'alarme, démarrer le point de vent, amorcer le terminal de loterie, allumer l'écran du système de surveillance, brancher tous les autres appareils électroniques, vérifier la température de la chambre froide où conserver le lait et faire le ménage. Quand il, accroupi, rangeait des affaires en dessous du comptoir, Julien, en homme discret, pénétra dans le magasin sans mot dire. Il tourna à droite, jeta un coup d'œil sur la table à loterie, puis se dirigeait vers la caisse, la tête baisse. Il aperçut par chance une pièce de 25 cents par terre, la ramassa, et d'une satisfaction indicible, il la considérait côté par côté, puis la glissa dans sa poche avec un petit sourire enfantin accroché aux lèvres. Il s'arrêta devant le terminal et demanda:
   -Le résultat de Banco, s'il te plaît!
   Feng se releva immédiatement et imprima un résultat. Julien le saisit à même la sortie de l'imprimante; la tête légèrement renversée vers l'arrière, la bouche fermée et la mâchoire se mouvant à répétition comme un bœuf rumine, il fixait longuement le coupon à travers ses verres convexes, pour les presbytes. Puis il tendit à Feng un billet de Banco acheté la veille et attendait avec énervement que le terminal eût émis un son mélodique prolongé.
  -T'as gagné cent dollars! exclama Feng.
  
  Après avoir vu le message affiché sur l'écran du terminal, il arrêta de mâcher et dévisagea Feng d'un regard candide et fervent en criant:'' yes!''. Puis, d'une voix plus sereine:
   -Je le savait. J'ai déjà checké le résultat hier soir à la télé.
   -Félicitations! mon vieux. Mais pour le moment, je n'ai que des billets de 5 et 10 dollars dans la caisse.
   -Pas de problème! dit-il d'un air allègre. L'argent, c'est l'argent. Un billet de cent piastres en vaut pas plus que vingt fois cinq piastres.

  En recevant la somme en petites coupures de la main de Feng, même sa moustache blonde touffue étant imbibée de joie, il s'exprima:
   -Loto Québec est l'une des trois vaches à lait du gouvernement. Il faut quand même qu'il nous paye des fois.
   -Effectivement!
  Puis par curiosité, Feng interrogea:   
  -Quelles sont les deux autres... vaches à lait?
   -SAQ et Hydro Québec...,  t'es blessé à la tête?
   Julien entrevit le bandage quasiment dissimulé sous la casquette du détaillant.
   -Oui, répondit Feng d'un air abattu, quelqu'un m'a attaqué dans la rue hier soir.
   -Fais attention, mon grand! fit-il sans s'émouvoir. À l'approche de Noël, beaucoup de gens ont besoin d'argent rapide pour payer les cadeaux, ça va être de plus en plus risqué pour les commerçants qui travaillent souvent tous seuls comme toi.
   Puis il partit en fredonnant une chansonnette. Quelques minutes plus tard, il réapparu:
   -Je suis venu pour chercher les cahiers Weekend pour les deux journaux, puis j'ai oublié de les demander tantôt.
   Feng lui en passa deux et il repartit. La compagnie Messager livrait toujours ces cahiers le vendredi matin et il incombait au détaillant d'en insérer un dans chaque journal du samedi avant la vente. À cause de la blessure à la tête, Feng l'avait totalement oublié.

   De temps à autre, des gens entraient acheter des cigarettes, du lait, des boissons énergisantes, ou vérifier leurs billets de loterie, ou demander de faire la monnaie pour prendre l'autobus. Après le départ d'une grosse cliente en cuir qui tortillait des hanches, Feng commençait à se sentir las à cause de la courte durée de sommeil pendant la nuit et bâilla de fatigue; un homme émacié et haut, comme une grande perche sèche, ouvrit la porte,  un gros sac vide à chaque main, et il salua d'une voix tonitruante:
   -Bonjour, mon ami! Ça fait longtemps, hein?

  La ''perche'' posa ses sacs par terre, et Feng répondit:
   -Bonjour, Monsieur!
   Ils se serrèrent la main au-dessus du présentoir des gratteux, et le bonhomme fringant lui tapait sur l'épaule. Feng se rappela de lui, un client occasionnel, qui l'avait impressionné par sa taille exceptionnelle et qui n'était pas venu depuis la fin d'été. L'homme reprit vivement et à haute voix:
   -Ma mère m'a appelé hier. Elle a quatre-vingt-huit ans, et elle vit toute seule à Montréal. Moi, j'habite à Mont-Tremblant, c'est très loin, ça m'arrange pas; je peux pas m'occuper d'elle et en même temps travailler dans les Laurentides. Alors elle a décidé de vivre dans un centre d'hébergement pour les personnes âgées, je viens pour l'aider à faire les bagages. Tu sais, le déménagement, c'est ben compliqué, elle peut pas le faire elle-même. Après, on va vendre la maison.
   -Tu auras beaucoup d'argent après la vente de la maison, commenta Feng.
   Il haussa les épaules et alla chercher six canettes de bière. À son retour au comptoir, il marchait plus lentement, ayant l'air d'être gêné par quelque chose; Feng remarqua deux longues traces parallèles plus foncées sur son pantalon beige le longe de l'intérieur de ses cuisses. Zut! Ce gars-là, il aurait uriné dans son pantalon, probablement à cause de la quantité excessive des boissons qu'il aurait ingurgitées lorsqu'il faisait route vers Montréal. Et avant de rejoindre sa mère, il avait eu envie de s'en procurer encore plus! Un sourire amer s'ébaucha aux lèvres de Feng pendant qu'il le regardait partir d'une allure bizarre. Comment ce sexagénaire ayant une dépendance à l'alcool pouvait-il bien prendre soin de sa mère?


   Dehors, la pluie s'arrêtait graduellement, mais l'immense flaque d'eau stagnait encore sur la chaussée; deux employés municipaux, chaussés de hautes bottes imperméables, chacun ayant un bâton de fer à la main, y tâtonnaient le long du trottoir pour chercher le couvercle du puisard. Après plusieurs efforts infructueux, ils jetèrent l'éponge et partirent dans leur camion, arborant sur sa porte le logotype de la ville, une rosette placée à la droite du mot Montréal. Luc, le propriétaire du magasin de quincaillerie, grillait une cigarette avec une figure rechignée devant le bâtiment, à dix mètres en retrait de la rue; occasionnellement, il se courbait le dos, secoué par des toux sèches. M. Claude Noël, voisin du maçon, passa devant et s'arrêta pour causer avec Luc. Le quincailler se plaignait de l'intempérie et de l'immense flaque d'eau, qui empêchait ses clients de descendre de leur voiture; Claude, quant à lui, parlait de l'interminable et coûteux procès de divorce entamé à la suite du départ inopiné et irréversible de sa femme au début de l'été. Puis les deux s'acheminèrent vers la boutique de M. Li. Luc entra le premier, prit une boisson gazeuse ''diète'' et un journal, ensuite s'amena tout de suite à la caisse:
   -Bonjour, je suis pressé. J'ai laissé mon magasin sans surveillance.
   -Bonjour! Ça fait 4 dollars 50, s'il te plaît.
   Luc sortit son portefeuille, et en lui tendant l'argent, il remarqua le bord du bandage autour de la tête de Feng. Il demanda:
   - Tu t'es blessé?
   - Oui, quelqu'un m'aurait matraqué dans la rue hier soir. Je me suis évanoui après; je m'en souviens pas de grand chose.
   - T'as perdu de l'argent?
   - Oui, deux mille.
   - Oh là, là, une grosse perte! intervint M. Claude Noël alors qu'une expression d'étonnement se peignait sur son visage.
   - Ce n'est pas un Haïtien qui l'a fait, j'espère? ajouta-t-il, lui-même d'origine haïtienne, qui ne voulait surtout pas que ses compatriotes usassent de ce genre de violence barbare et insensée, qui ternirait l'image de son peuple, souffrant déjà la stigmatisation raciale imposée, d'une façon plus subtile, par la société occidentale.
   - Non, je sais pas, j'ai un trou de mémoire concernant l'agression.
   - Moi aussi, continua le quincailler, j'ai été agressé, dans mon magasin  par un espagnol il y a quatre ans. J'ai reçu un coup de couteau au ventre, et pour parer les attaques qui suivaient, j'ai mis involontairement mes bras devant le ventre, et ils ont été poignardés, chacun une fois. Je vais t'en parler plus tard, je dois retourner à mon magasin.
   Il partit à toute allure. Claude demanda un paquet de cigarettes, puis d'un ton navré et compatissant:
   - Mon vieux, prends bien soin de toi. T'as deux enfants, une femme; toute ta famille a besoin de toi.
   - Certainement! je suis en train de réfléchir à ce qu'il faut faire pour me protéger, si un voleur de ce genre entre un jour dans ma boutique.
   - Mais, surtout, surtout, pense à ta vie avant ton argent, mon vieux!
   Puis il partit, et à la porte, il croisa et salua Julien, qui revint encore une fois. Feng le vit entrer discrètement, puis s'accouda sur le présentoir vitré abritant les billets à gratter, et il se plongeait dans ses méditations habituelles, quand soudainement, madame Fu s'écria sur la plateforme intérieure:
   -Li, regarde!
   Feng leva ses yeux vers la porte, puis en suivant le regard de sa femme, il vit Julien, se tenant sur la pointe des pieds, allonger le bras pour remettre une bouteille de vin rouge par-dessus le présentoir à étagères métallique disposé dos à dos avec celui sur lequel toutes les autres bouteilles étaient rangées. Il demanda d'un ton suspicieux:
   -Qu'est-ce que tu fait là, Monsieur?
   -J'essaie..., je regarde..., bredouillait Jean.
   Sous le regard inquiet et acéré du propriétaire de la boutique, cet habitué affectait un air débonnaire, naïf et absorbé, et vérifiait les prix des marchandises, les deux yeux rivés sur les étiquettes. Madame Yun Fu approcha le comptoir et parla à Feng à voix basse, mais Feng ne put bien l'entendre. Julien se tourna et puis partit sans dire un mot ni regarder personne. En fixant la silhouette de ce client à travers la vitre, Madame Fu répéta d'une voix accentuée:
   -Il a essayé de voler la bouteille!
   -C'est vrai? Tout à l'heure, je m'en doutais!
  -Il mettait la bouteille dans son manteau quand je suis arrivée.
   Feng, pour mieux les surveiller, étalait les bouteilles de vin, marchandises plus coûteuses et ainsi plus convoitées par les larrons, sur la dernière étagère du présentoir situé à droite du couloir devant la caisse. C'était d'ordinaire dans ce couloir-là que les clients comparaient les prix et les étiquettes de ces bouteilles, puis en prenaient une qui leur convenait le mieux. Mais dans la séquence de vidéo ciblée, Julien, depuis un couloir voisin, avait tendu son bras pour prendre la bouteille, l'avait insérée dans l'ouverture de son manteau, puis l'en avait ressortie après avoir entendu le cri de Yun. Feng s'affala lourdement dans le fauteuil, se couvrit le visage des deux mains et soupira. Cette découverte accidentelle, qui venait de désillusionner ce commerçant novice, le questionnait sans cesse: à quels clients pouvait-il faire confiance? Dès que Feng, après avoir essuyé des échecs dans plusieurs autres domaines, s'était initié à ce métier de petit marchand, Julien magasinait fréquemment dans sa boutique avec deux employés du bar, Michel et Gilles. Ils lui expliquaient quelles sortes de marchandises se vendraient  bien à cette boutique, établie au coin d'une rue commerçante, comment agencer les présentoirs pour attirer l'attention des clients sur les marchandises, et surtout les trois copains y faisaient souvent des achats pour encourager le nouveau propriétaire. Graduellement, Feng les considérait comme des clients-amis, donc ne surveillait plus leur magasinage. Combien cet habitué avait-il déjà piqué pendant ces deux dernières années? De cette éventuelle perte, Feng s'exaspérait, se réprimandait et se blasait. Madame Fu lui rappela:
   -Ne traîne pas ici, va te reposer à la maison. J'ai déjà dit aux enfants de ne pas faire de bruit pendant ton sommeil.
   Feng poussa encore un gros soupir, et puis il se leva en disant:
   -Je vais d'abord aller au magasin de M. Luc. Lui aussi, il a été attaqué par un voleur. Il peut sûrement me renseigner sur les démarches à suivre pour mieux protéger nous-mêmes et aussi nos biens.
   Le bâtiment à deux étages abritant la quincaillerie s'installait entre la boutique et le bar, et au milieu de son petit terrain solidifié se dressait un poteau au bout duquel était perché un panneau publicitaire avec l'inscription, en grosses lettres: Clinique de Casseroles Luc, lequel panneau Feng put voir aussitôt qu'il eut tourné à gauche devant la porte de son commerce. À sa droite, sur la chaussée, un bulldozer jaune chassait l'eau en rasant le revêtement bitumineux avec le bord tranchant de sa lame à surface courbe, et deux employés municipaux, avant que l'eau refluât, défonçaient, à la pointe de leurs barres de fer, la glace couvrant la surface asphaltée afin de localiser l'entrée du puisard. Après plusieurs essais, une barre s'implanta dans un trou; avec leurs outils et en y vidant un sac de sel, les deux hommes parvinrent à l'élargir, puis l'eau commença à s'y engouffrer. Très satisfait de l'aboutissement de leur opération, Feng, avant de marcher vers la porte de la quincaillerie, félicita les cols bleus:
   -Bravo, Messieurs!
   Ils lui répondirent par les pouces levés, puis ils embarquèrent dans leur camion de fonction et partirent en suivant le bulldozer.

   Depuis les deux décennies, Luc gérait au rez-de-chaussée cette quincaillerie, une entreprise familiale fondée dans les années 1950 par son père, dans ce quartier graduellement et irréversiblement transformé par l'immigration, et où les traditions chrétiennes s'affaiblissaient et se perdaient de plus en plus avec le temps; Le premier et aussi dernier étage lui servait d'appartement, que sa conjointe partageait en semaine. Dans la moitié haute de la porte vitrée du commerce était attachée à la barre horizontale une guirlande ronde de branches de sapin, enroulée d'un ruban bleu, relevée dans le bas d'une grosse fleur de soie rouge; à la moitié basse était plaqué un gros visage en plastique du père Noël, avec sa barbe blanche ondulée et son bonnet rouge à pompon. Dans le haut de la large vitrine peinte, l'adorable et généreux bonhomme en manteau rouge, assis sur son traîneau, tiré par des rennes majestueux dans la nuit givrée, sortait d'épais nuages gris, au-dessous desquels tombaient quelques flocons de neige; vers le coin supérieur droit était collée une affiche avec l'inscription ''Promotion pour le temps des fêtes, rabais jusqu'à 50%''; les autocuiseurs et les cafetières reluisaient en bas sous la lumière bleue des petites lampes suspendues. Le comptoir se trouvait en diagonale de l'entrée au fond de la pièce, dans laquelle se disposaient, perpendiculaires à la vitrine, des rangées de hauts présentoirs en bois avec dessus des couteaux, des poêlons, des crêpières, des marmites, des friteuses, des mijoteuses, des fait-tout, et même des cuiseurs de riz. Un homme à la chevelure blanche comme neige, assis devant son ordinateur, faisait l'inventaire. Il fit à Feng un signe de la main et dit:
   -Juste un instant. Je vais bientôt finir d'entrer les chiffres, il en reste pas beaucoup.
  -Pas de problème, M. Luc! dit Feng. J'aurai quelques questions à te poser.
   Plusieurs minutes plus tard, après deux petites toux sèches, il se leva avec une mine allongée, et puis d'une voix grave:
   -La vente a encore baissé! Avant, le temps des fêtes était une forte saison pour mon magasin, parce que beaucoup d'habitants du quartier venaient magasiner et faisaient de gros achats pour se préparer à Noël. Mais depuis des années, ils sont partis pour aller habiter dans la région ou au quartier Saint-Léonard. Ils sont remplacés principalement par des Nord-Africains; eux, ils fêtent pas Noël, et même s'ils veulent acheter des appareils culinaires, ils vont aux grandes surfaces. Ils viennent rarement ici chercher des produits de grandes marques, plus chers mais de très bonne qualité. Je pense vraiment à déménager, moi aussi! Ta boutique, ça marche bien?
   -Le petit commerce de ce genre est très résistant. Ma clientèle a aussi changé, et les Nord-Africains ne boivent pas comme les Québécois, mais ils achètent souvent des cigarettes pour aller causer avec leurs amis aux cafés, ces cafés-là sont bondés de clients jour et soir, c'est bon pour moi. Le seul problème est que quand les adultes restent aux cafés, ils laissent leurs enfants pré-adolescents ou adolescents courir partout, et que ces jeunes entrent souvent dans ma boutique en groupes de huit, dix, même plus. Tu sais qu'on peut pas bien travailler comme ça.
   -Je sais très bien. Les jeunes prennent des bonbons, des barres de chocolat, ou des chips, c'est tout. Mais ici, ce sont de gros morceaux; si l'on en vole un, toute ma journée de travail ne suffit pas à en compenser la perte. Il y a un mois, deux femmes portant de longues robes sont venues avec une poussette demander un modèle de grille-pain que je gardais pas sur les étagères. Alors, je suis descendu au sous-sol le chercher. Mais quand je suis remonté avec la boîte, elles m'ont dit avoir changé d'idée, et puis elles sont parties sans rien acheter. Après leur départ, j'ai remarqué qu'il manquait deux cafetières sur un présentoir dans la rangée voisine. Elles ont dû les cacher dans leurs robes ou dans la poussette. Après, j'ai fait installer un écran dans le sous-sol; comme ça, je peux surveiller le magasin même quand je suis en bas. Ton système de surveillance est trop vieux, et l'image n'est  pas claire. Il est temps de le changer! Si un voleur peut t'attaquer dehors, il pourra aussi entrer dans ta boutique. Avec de bonnes caméras, t'auras au moins une preuve s'il arrive quelque chose de mal.
   -Oui, t'as raison..., dit Feng en réfléchissant. Je vais m'occuper de ça en après-midi. Tout à l'heure, t'as parlé d'une agression qui a eu lieu ici...
   -Oui. Il y a deux ans, un espagnol a voulu faire un hold-up, il m'a poignardé au ventre et aux deux bras. Depuis, j'ai des problèmes d'estomac et les deux mains qui tremblent de temps en temps.
   -Comment tu vas te défendre, si.. s'il y a une prochaine fois?
   -Y aura pas ''une prochaine fois'', répondit fièrement le quincailler en montrant du doigt son grand labrador à poil blanc, couché dans un coin derrière le comptoir.
  Il ajouta:
  -Tu dois en avoir un aussi, c'est très utile!
   En regardant le gros chien, Feng hésita:
   -Mais..., mais il est interdit de garder un chien à l'intérieur  d'une boutique où vendre des denrées. Je dois chercher un autre moyen pour me protéger du vol à main armée. Puis les policiers m'ont donné un formulaire, est-ce que tu peux me l'expliquer? Ça sert à quoi?
   Feng sortit le formulaire du CAVAC et le tendit à Luc. Le quincailler le prit, y jeta un coup d'œil et répondit:
   -C'est un organisme pour informer les victimes d'un act criminel sur les procédures à suivre dans un procès, leur fournir de l'aide psychologique et les aider à trouver des services spécialisés.
   -Oh, c'est comme ça, merci!
   Feng se souvint tout à coup de Julien, et il poursuivit:
   -Est-ce que tu connais bien Julien?
   -Oui, pourquoi?
   -Tantôt il a essayé de voler une bouteille de vin.
   -Ah, oui? Je connais ce gars depuis longtemps. Il a grandi dans un orphelinat; et à l'adolescence, il a commencé à flâner dans la rue et commis de petits délits. Une fois même, il est allé en prison, pour une affaire plus grave.
   -Je le savais pas du tout! et...
   Un bruit de la porte l'interrompit: quelqu'un entra dans le magasin. Il marcha d'un pas léger et précipité sur le tapis entre les rangées des ustensiles, puis au bout du couloir, Il demanda:
   -Bonjour, monsieur Luc, pouvez-vous réparer cette casserole? Son manche est brisé.
   C'était la voix d'une femme. Feng se tourna, et il vit une dame d'une cinquantaine d'années se tenir devant lui. Très surpris, et puis un peu gêné, il recula d'un pas et la salua:
   -Bonjour, Madame! Comment allez-vous?

                                                                     ---fin---




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